Depuis la mise en place de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) en 2009, puis de la loi du 21 juillet 2009, le Développement Professionnel Continu (DPC) s’est imposé comme une obligation légale pour l’ensemble des professionnels de santé en exercice en France. Chaque praticien doit justifier, sur une période triennale, de sa participation à un parcours de DPC agréé, associant analyse des pratiques professionnelles et formation continue (Légifrance, loi HPST).
L’objectif affiché : garantir la qualité, la sécurité et l’actualisation des connaissances et compétences des professionnels, dans un système de santé de plus en plus exigeant et mouvant. Concrètement, entre 2016 et 2022, plus de 1,3 million de professionnels de santé ont participé à au moins une action de DPC (Agence nationale du DPC).
Mais le DPC ne vient pas remplacer toutes les autres modalités de formation et de veille scientifique. Les congrès médicaux, ces rendez-vous annuels ou biannuels incontournables dans la vie professionnelle, continuent d’occuper une place centrale dans la formation continue des praticiens. Se pose alors une question stratégique : comment articuler DPC et congrès pour tirer pleinement parti de ces deux dispositifs ?
France BioMedecine, la Fédération des Spécialités Médicales (FSM), les Collèges et Syndicats de spécialités organisent chaque année plus de 350 congrès médicaux sur le territoire (congres-medical.com). La richesse de ces événements repose sur plusieurs atouts :
En 2023, le Congrès des généralistes de France (CMGF) a mobilisé plus de 6000 participants à Paris, et la Journée Francophone d’Hépato-Gastroentérologie a réuni près de 3000 professionnels à Lyon (CMGF). Ces chiffres témoignent de l’attractivité et de l’utilité des congrès.
La participation à un congrès médical ne suffit pas, en elle-même, à valider l’obligation de DPC. En effet, seules les actions référencées et reconnues par l’Agence nationale du DPC (ANDPC) peuvent être prises en compte dans le parcours triennal obligatoire. Ces actions doivent répondre à un cahier des charges strict : objectifs pédagogiques, évaluation de l’impact, déclaration d’indépendance (décret du 28 septembre 2021, JORF).
Cela signifie que DPC et congrès peuvent coexister, mais que leur articulation doit être soigneusement planifiée par le praticien pour répondre à la fois à l’exigence administrative et à l’intérêt scientifique.
Le DPC n’est, en réalité, pas antinomique avec les congrès : il en est parfois même le prolongement, mais répond à une logique différente.
| Critère | DPC | Congrès |
|---|---|---|
| Objectif principal | Formation réglementaire, amélioration continue de la qualité des soins | Veille scientifique, partage d’innovations, réseautage |
| Validation triennale | Oui, lorsque l’action est référencée ANDPC | Non, sauf sessions spécifiques agréées |
| Format | Programme structuré, dossier pédagogique, évaluation | Conférences libres, ateliers pratiques, posters |
| Financement | Prise en charge partielle/totale ANDPC | Inscription à la charge du participant, sauf sponsoring |
| Interaction | Travaux dirigés, groupe d’analyse de pratiques, simulation | Débats, networking, exposants, tables rondes |
Il apparaît donc que DPC et congrès ne répondent pas toujours aux mêmes besoins : procéder à l’un ne dispense pas de l’autre, mais bien au contraire, la fréquentation croisée dessine un parcours de formation complet, capable d’apporter à la fois compétence réglementaire, expertise clinique, et ouverture scientifique.
Le point clé : les sessions DPC en congrès sont généralement très structurées, avec évaluation de l’impact, alors que la majorité des conférences apportent une actualisation rapide, moins formalisée, mais parfois plus proche des préoccupations du terrain.
Pour tirer parti du meilleur des deux mondes, voici quelques recommandations :
La tendance actuelle pousse à une plus grande convergence des modalités de formation. Nombre de congrès développent désormais des parcours hybrides (présentiel/distanciel), intègrent la simulation, l’analyse de pratiques en petits groupes et la validation DPC dans leur programme. C’est le cas de la Société Française de Rhumatologie (SFR) ou de la Société Française d’Endoscopie Digestive (SFED), qui proposent des sessions interactives labellisées chaque année.
Par ailleurs, certains organisateurs négocient avec l’ANDPC pour porter des actions en ligne synchronisées avec le congrès, permettant ainsi aux praticiens en zone rurale de participer sans déplacement. En 2024, plus de 15% des sessions DPC en congrès étaient proposées partiellement ou totalement en ligne (agencedpc.fr).
Ultimement, le professionnel de santé devient le véritable architecte de sa formation continue, naviguant entre DPC, congrès, e-learning, groupes de pairs, et simulation in situ. Ce pilotage requiert une information claire, des choix stratégiques et un engagement constant, au service de la meilleure prise en charge des patients.
Pour optimiser votre parcours, alternez entre actions DPC référencées et participation active aux congrès, en soignant la traçabilité de vos démarches. Cette approche croisée, adoptée par un nombre croissant de praticiens (68% des médecins interrogés par le CNGOF en 2022 affirment participer à la fois à des actions DPC et à des congrès chaque année), est le gage d’une expertise constamment renouvelée au service de la qualité des soins.