Les kinésithérapeutes libéraux sont, comme tous les professionnels de santé, soumis aux obligations de Développement Professionnel Continu (DPC). Cependant, la pratique multi-sites – c’est-à-dire l’exercice dans plusieurs cabinets ou structures – soulève régulièrement des questions pratiques et administratives. Comment gérer efficacement sa formation DPC lorsque l’on partage son activité sur différents sites ? Quelles sont les démarches spécifiques à cette situation ? Les réponses à ces questions sont rarement explicites dans les textes officiels, alors que cette réalité touche chaque année davantage de praticiens, notamment dans les zones sous-dotées, les maisons de santé ou lors de collaborations à temps partiel.
Cet article s’attache à décrypter l’ensemble des obligations et des démarches pour les kinésithérapeutes multi-sites, en s’appuyant sur les textes réglementaires, les recommandations de l’ANDPC (Agence Nationale du DPC), et l’expérience terrain de nombreux professionnels.
La loi du 21 juillet 2009 a instauré l’obligation triennale de Développement Professionnel Continu pour l’ensemble des professionnels de santé libéraux. Selon l’ordonnance n°2021-961 et son décret d’application (décret n°2021-1804 du 23 décembre 2021), chaque kinésithérapeute doit, sur une période de trois ans :
Le non-respect de l’obligation peut entraîner une mise en demeure, voire des sanctions ordinales (source : Jour. off., 2021).
La notion de "pratique multi-sites" n’est pas expressément définie dans les textes relatifs au DPC. Cependant, l’ANDPC (Agence Nationale du DPC) et l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes rappellent que l’obligation est individuelle et non rattachée à un site d’exercice mais à chaque professionnel. Cela signifie :
À retenir : Ce n’est pas le nombre de structures d’exercice mais le statut individuel du kinésithérapeute et son activité conventionnée avec l’Assurance Maladie (carte CPS) qui déterminent l’éligibilité et le financement.
L’ANDPC demande d’indiquer un site d’exercice principal lors de l’ouverture et de la mise à jour de votre espace personnel sur Mon DPC. Ce site principal correspond souvent à celui auquel est rattachée votre facturation principale à l’Assurance Maladie (source : ANDPC – FAQ 2024). Cependant, si votre activité est répartie de manière équilibrée, l’un ou l’autre cabinet peut être choisi, tant que votre carte CPS y est liée.
À noter : Il n’existe pas, à ce jour, de procédure automatique de synchronisation entre l’Ordre, la CPAM et l’ANDPC. Une vigilance régulière sur vos déclarations est donc indispensable.
En 2024, le financement DPC pour les kinésithérapeutes libéraux ou mixtes s’élève à 630€ par an et par professionnel (source : ANDPC 2024). Ce financement est unique, non cumulable selon le nombre de sites d’exercice : il s’applique à l’individu, peu importe la répartition de son activité.
Vous exercez en tant que remplaçant sur plusieurs cabinets ou en collaboration (titulaire/assistant sur différents sites) : le DPC reste lié à votre statut et à votre numéro RPPS. Les remplaçants peuvent ouvrir un compte personnel dès lors qu’ils disposent de leur propre carte CPS.
L’enjeu pour le kinésithérapeute multi-sites : sélectionner les actions et les thématiques qui répondront au mieux à la pluralité de ses contextes d’exercice. Les thématiques DPC validées pour 2024 incluent notamment :
Plus d’informations à retrouver dans le document d’orientations nationales DPC 2023-2025.
Se former c’est aussi savoir prouver sa démarche. En pratique :
La diversité des sites peut être une richesse si vous faites du DPC un véritable levier d’amélioration de vos pratiques :
| Point clé | Bref descriptif/action |
|---|---|
| Obligation légale | DPC triennal, financement plafonné, obligation individuelle (Numéro RPPS) |
| Déclaration du site principal | Choix du cabinet d’activité référent (celui déclaré à la CPAM ou le plus fréquent) |
| Inscription & Actualisation | Créer/mettre à jour Mon DPC, y ajouter ses sites, télécharger justifs |
| Choix des formations | Adaptation aux pratiques multiples, préférence pour e-learning/blended, synergies inter-sites |
| Gestion logistique | Anticipation agenda, communication avec collègues, archivage méticuleux |
| Traçabilité & contrôle | Sauvegarde personnelle, cohérence déclarative, suivi régulier d’activité |
Naviguer dans les démarches DPC lorsque l’on exerce sur plusieurs sites demande rigueur, anticipation et adaptation. Malgré l’absence d’une adaptation réglementaire spécifique pour la multi-activité, la clé reste la cohérence des déclarations et l’optimisation de la stratégie de formation. Prendre le temps de s’informer sur les modalités, s’organiser pour concilier obligations légales et contraintes du terrain, tout en plaçant la qualité des soins au cœur de sa pratique, est le meilleur gage d’un parcours DPC réussi. Pour toute question technique ou en cas de doute sur une situation particulière, un contact direct avec l’ANDPC ou votre Ordre départemental est recommandé. Leur expérience quotidienne de problématiques analogues constitue un appui précieux. La formation continue n’est pas seulement une obligation, c’est aussi un réel moteur d’évolution pour le professionnel comme pour ses patients.