Pour les kinésithérapeutes, la formation continue n’est pas une simple formalité. Depuis la loi HPST de 2009, puis la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, l’obligation de Développement Professionnel Continu (DPC) s’impose à tous les professionnels de santé. L’objectif : garantir un haut niveau de compétence tout au long de la carrière et répondre aux évolutions scientifiques et techniques. Adossée à des textes réglementaires solides (art. L.4021-1 à L.4021-8 du Code de la santé publique), cette exigence s’est progressivement renforcée.
Pour rappel, le DPC désigne le parcours obligatoire de formation, d’analyse des pratiques et de gestion des risques à effectuer sur une période triennale (c’est-à-dire tous les 3 ans). Les kinésithérapeutes (libéraux, salariés, exerçant en centre de santé ou établissements) n’échappent pas à la règle.
Chaque kinésithérapeute doit justifier, sur une période de trois ans, d’une action de DPC validée dans le référentiel officiel (Agence nationale du DPC – ANDPC, Ordre national des masseurs-kinésithérapeutes). Cette obligation concerne tous les professionnels inscrits au tableau de l’Ordre, quelle que soit leur forme d’exercice.
À partir de la première période triennale (2017-2019), ces contrôles se sont accentués. Le cycle actuel concerne les années 2023-2025.
Le contrôle du respect de l’obligation DPC est organisé conjointement par :
Le principal acteur reste l’Ordre, qui effectue chaque année des contrôles aléatoires ou ciblés :
À titre d’exemple, selon les rapports de l’Ordre, en 2022, près de 10 000 kinésithérapeutes ont été contrôlés sur divers aspects administratifs, dont le DPC (*source : Rapport d’activité ONMK 2022*).
Le manquement à l’obligation de DPC n’est pas sans conséquence. Plusieurs niveaux de sanction sont prévus par le législateur.
La procédure débute en général par une lettre de l’Ordre notifiant au professionnel:
À ce stade, aucune sanction directe n’est prononcée, mais la notification est inscrite dans le dossier du praticien.
Ces sanctions sont prévues par l’article L. 4322-16 du Code de la santé publique.
Au-delà des sanctions ordinales, ne pas remplir ses obligations DPC expose également à :
Si la radiation pour manquement au DPC reste exceptionnelle, les blâmes et interdictions temporaires sont déjà une réalité. Selon une synthèse de la chambre disciplinaire nationale (ONMK, 2021), une quarantaine de procédures pour manquement au DPC ont été initiées entre 2020 et 2022, la plupart aboutissant à des rappels à l’ordre ou des avertissements.
Un exemple : un kinésithérapeute exerçant en libéral n’a pas répondu à deux courriers de l’Ordre lors du cycle 2017-2019. Après plusieurs relances restées sans effet et une convocation sans réponse, il a écopé d’un blâme avec inscription à son dossier, assorti d’une obligation de se mettre en conformité sous trois mois (*source : ONMK, 2021*).
Autre situation : lors d’une inspection d’un centre de santé, 3 praticiens n’ont pu produire de preuves de formation validée. Tous ont été mis en demeure, puis sanctionnés d’un avertissement. Deux d’entre eux ont dû interrompre temporairement leur activité le temps de régulariser leur situation.
À noter que des actions correctives sont possibles, mais plus difficilement acceptées au-delà d’un certain délai, surtout en cas de contrôle récurrent défavorable.
À noter : le respect régulier de l’obligation DPC peut devenir un argument lors de négociations (installation, recrutement, montée en compétence d’une équipe) et valorise la pratique professionnelle.
Depuis l’entrée en vigueur du DPC, le processus de sanction s’est structuré et professionnalisé : saisie systématique, traçabilité documentaire, garanties de contradictoire…
Une évolution attendue, en témoigne la multiplication des signalements et procédures pour DPC non respecté relevée en 2022-2023 (essentiellement avertissements et injonctions de régularisation – *source : Rapport ONMK 2022*).
Les contrôles et sanctions ne sont jamais une finalité en soi. L’objectif n’est pas de “punir” mais d’ancrer une culture professionnelle tournée vers la qualité et la sécurisation des parcours de soins. Le DPC, plus qu’une obligation administrative, permet à chaque kinésithérapeute :
Dans ce contexte, respecter ses obligations de DPC n’est pas qu’une question de conformité réglementaire : c’est une véritable démarche qualité.
La profession évolue, la surveillance se renforce, mais des solutions existent pour s’adapter : mutualisation des ressources (groupes, sociétés savantes), offre croissante de formations à distance, accompagnement par l’Ordre… L’important est de consulter régulièrement les actualités officielles et de ne pas hésiter à solliciter conseils et accompagnement.
Pour plus d’informations sur la législation et les ressources disponibles :